La livraison de nourriture autonome pourrait réduire les coûts du dernier kilomètre à seulement 1 $ par commande, un changement tectonique qui pourrait débloquer un vivier de profits annuels de 16 milliards de dollars pour des plateformes mondiales comme DoorDash et Meituan, selon un nouveau rapport de Barclays publié le 15 avril.
Cela signale un « changement stratégique clair », ont déclaré les analystes de Barclays dans le rapport, notant que les coûts actuels de livraison autonome de 5 $ à 7 $ par commande sont déjà de 3 $ à 4 $ moins chers que la livraison traditionnelle par coursier sur les marchés à coût de main-d'œuvre élevé.
Le rapport prévoit que la pénétration de l'autonomie passera de moins de 1 % des commandes mondiales aujourd'hui à environ 10 % d'ici 2035. À ce niveau, une économie moyenne de 4 $ par livraison générerait une augmentation des bénéfices de 16 milliards de dollars et pourrait élargir le marché total jusqu'à 800 milliards de dollars en valeur brute de marchandise (GMV), car des frais moins élevés attirent les clients sensibles aux prix.
Le moteur principal est le passage d'une structure de coûts variable et intensive en main-d'œuvre — où les coursiers représentent 80 % des dépenses du dernier kilomètre — à un modèle de coûts fixes basé sur l'amortissement du matériel. Cela offre un levier opérationnel que l'économie à la tâche ne peut égaler, un avantage crucial pour une industrie où la livraison représente jusqu'à 45 % des revenus d'une plateforme par commande.
Robots terrestres vs Drones aériens
La transformation se déploie selon deux voies technologiques distinctes. Les robots de livraison sur trottoir (SDR), comme ceux de Starship Technologies, sont les mieux adaptés aux zones urbaines à haute densité, opérant généralement dans un rayon de 1 à 3 kilomètres. En revanche, la livraison par drone, lancée par des entreprises comme Manna Air Delivery et Keeta de Meituan, est plus efficace dans les banlieues à faible densité, larguant des colis depuis les airs.
La Finlande offre l'aperçu le plus clair de cet avenir, avec plus de 1 000 SDR gérant déjà près de 10 % de la GMV locale de livraison de nourriture. Alors que les coûts actuels des SDR oscillent autour de 5 $ à 6 $ par commande, l'objectif à long terme pour les robots et les drones est d'environ 1 $ par livraison. Cela a attiré des investissements importants, la société de logistique par drone Zipline ayant levé 800 millions de dollars lors d'un récent tour de table.
DoorDash et Meituan en tête de peloton
Barclays identifie DoorDash et le chinois Meituan comme les bénéficiaires les plus évidents à court terme. DoorDash a noué des partenariats agressifs avec des entreprises de robotique de premier plan comme Serve Robotics et développe son propre robot interne, « Dot ». L'entreprise construit également une « Plateforme de livraison autonome » pour agir comme répartiteur, acheminant les commandes vers la méthode de livraison la plus efficace disponible.
Meituan détient un avantage technique, ayant déjà effectué plus de 740 000 livraisons par drone dans cinq villes. Cependant, cela reste une fraction de son volume total de commandes. Uber poursuit une stratégie « asset-light », en partenariat avec sept fournisseurs de robotique différents dans plus de 10 villes, son directeur financier affirmant que les aspects économiques sont déjà « tout à fait considérables » sans nécessiter d'investissement initial majeur.
La réglementation reste le plus grand obstacle
Malgré des perspectives économiques prometteuses, l'adoption généralisée se heurte à d'importantes barrières structurelles. Une réglementation fragmentée et incohérente est le principal obstacle. Aux États-Unis, les règles pour les SDR sont fixées au niveau des États, voire des villes, tandis que les opérations de drones attendent un cadre fédéral unifié. La Federal Aviation Administration devrait publier ses règles « Part 108 » à la mi-2026, ce qui pourrait agir comme un catalyseur majeur pour le passage à l'échelle de la livraison par drone en Amérique du Nord.
L'intensité capitalistique est un autre défi. La plupart des entreprises de livraison autonome sont des startups financées par du capital-risque nécessitant des investissements substantiels et soutenus pour construire et entretenir leurs flottes de matériel. Enfin, la complexité opérationnelle de la gestion d'une flotte hybride d'humains, de robots et de drones présente un obstacle caché pour les plateformes, nécessitant de nouveaux systèmes sophistiqués de répartition et de coordination.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.