L'accumulation massive des portefeuilles du capital-investissement a créé un paradoxe : alors que la volatilité du marché présente une occasion en or pour de nouveaux investissements, un marché des sorties gelé a piégé plus de 3 000 milliards de dollars d'actifs, forçant l'industrie à trouver des issues créatives.
Le secteur mondial du capital-investissement croule sous le poids de près de 33 000 sociétés de portefeuille non vendues, un embouteillage qui a freiné les retours de capitaux aux investisseurs et compliqué les nouveaux efforts de collecte de fonds. Cet arriéré crée une fracture nette : des firmes comme TPG et Mutares déploient activement des capitaux dans de nouvelles transactions tandis que les actifs existants restent gelés, une situation que Scott Nuttall, co-directeur général de KKR, a attribuée à un contexte « incertain ou inconfortable » pour la vente d'actifs de haute qualité.
« Le manque de sorties [est] la crise de notre secteur », a déclaré Jonathan Sokoloff, associé directeur chez Leonard Green & Partners, lors de la Milken Institute Global Conference, soulignant la gravité de la situation.
Les chiffres dressent un tableau sombre de la crise de liquidité. Pour la quatrième année consécutive, les distributions des fonds en pourcentage de la valeur liquidative sont restées inférieures à 15 %, un record pour le secteur, selon le cabinet de conseil Bain & Co. Les États-Unis comptent à eux seuls 13 325 entreprises non vendues, selon les données de PitchBook. Le segment du capital-risque illustre davantage cette tension, les fonds affichant des flux de trésorerie nets négatifs de 46,2 milliards de dollars au cours des trois premiers trimestres de 2025.
Cette sécheresse prolongée des sorties force une évolution structurelle du marché, poussant les commandités (GP) et leurs commanditaires (LP) vers des solutions alternatives. Si certains dirigeants, comme Martín Escobari de General Atlantic, estiment que « le printemps est arrivé » pour les sorties, le consensus est que la résorption de cet arriéré de plusieurs milliers de milliards de dollars nécessitera plus qu'un marché des introductions en bourse (IPO) à lente décongélation, où le multiple médian des récentes cotations n'est que de 1,1x.
Le marché secondaire bondit à 25 milliards de dollars
L'adaptation la plus significative a été un boom record du marché secondaire, en particulier pour les actifs à longue durée. La valeur des transactions secondaires en infrastructure a plus que doublé pour atteindre 25 milliards de dollars l'année dernière, la collecte de fonds pour cette stratégie atteignant un record de 11,5 milliards de dollars, selon les données de PitchBook et PJT Partners. Ce marché constitue une soupape de sécurité cruciale, permettant aux firmes de générer des liquidités à partir d'actifs qui ne correspondent pas aux cycles traditionnels des fonds de 10 ans.
Des firmes comme Blackstone et Ardian sont à l'avant-garde, levant des fonds de plusieurs milliards de dollars dédiés à ces stratégies. Blackstone a clôturé le plus grand fonds secondaire d'infrastructure jamais créé à 5,5 milliards de dollars, tandis qu'Ardian serait en voie de dépasser ce chiffre. Une grande partie de cette activité passe par des transactions dirigées par les GP, où une firme vend un actif de l'un de ses anciens fonds à un nouveau véhicule de continuation qu'elle gère également. Ces transactions devraient atteindre un record de 14,6 milliards de dollars en 2025, offrant un moyen de fournir des liquidités aux LP tout en continuant à gérer des actifs prometteurs.
Un environnement de collecte de fonds sous tension
L'impasse des sorties a eu un impact direct sur la collecte de fonds, et pas seulement au niveau institutionnel. L'appétit des investisseurs particuliers pour les produits de capital-investissement à durée indéterminée (evergreen) a également faibli au premier trimestre, selon un rapport récent. De grands gestionnaires d'actifs alternatifs comme KKR et Ares ont fait état d'entrées nettes plus faibles dans leurs fonds de détail semi-liquides par rapport à l'année précédente.
Un dirigeant d'EQT a noté l'effet domino, affirmant que les sorties de capitaux du crédit privé ont eu un impact matériel sur la dynamique globale de collecte de fonds à travers d'autres stratégies alternatives. Bien que certains dirigeants restent optimistes quant à un rebond au second semestre, les données suggèrent une modération plus large des allocations des investisseurs aux marchés privés en attendant que le capital des investissements antérieurs soit restitué.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.