Une percée dans le matériau d'anode de batterie réalisée par des scientifiques chinois permet à une cellule prototype de véhicule électrique d'atteindre 80 % de charge en 10 minutes. Ce niveau de performance pourrait réduire considérablement les temps de charge et contester la domination de l'anode en graphite sur le marché mondial des batteries. Ce développement de l'Académie chinoise des sciences utilise une nouvelle anode à base de phosphore noir, s'attaquant directement aux limitations de vitesse qui restent un obstacle critique à l'adoption des VE.
« Nous avons proposé une stratégie d'ingénierie des liaisons phosphore-azote (PN) dans le réseau cristallin, permettant aux matériaux d'anode en phosphore noir d'atteindre une charge et une décharge stables à des taux ultra-élevés », a déclaré un rapport de l'équipe dirigée par Ma Yanwei à l'Institut de génie électrique. Cette ingénierie revêt une importance majeure pour faire progresser l'application pratique des batteries à charge rapide à base de phosphore noir.
Le prototype est une cellule de type "pouch" (poche) qui associe la nouvelle anode en phosphore noir à une cathode classique en lithium-fer-phosphate (LFP). Son temps de 10 minutes pour atteindre 80 % de sa capacité se compare favorablement aux normes de charge rapide actuelles. Par exemple, la Chevrolet Bolt 2027, un VE grand public, nécessite 25 minutes pour passer de 10 % à 80 %, selon Chevrolet. L'équipe chinoise n'a pas divulgué la densité énergétique spécifique ni le coût estimé par kilowattheure pour son prototype.
Ce développement constitue une menace directe, bien qu'à long terme, pour la chaîne d'approvisionnement du graphite, le matériau d'anode utilisé dans presque toutes les batteries lithium-ion commerciales. Le leader du marché Contemporary Amperex Technology (CATL) et d'autres grands producteurs comme Panasonic et LG Energy Solution ont bâti leurs empires sur des architectures basées sur le graphite. Une alternative commercialement viable pourrait remodeler le marché des batteries, estimé à 56 milliards de dollars, en résolvant le problème du temps de charge qui pèse même sur les VE les plus avancés.
Le goulot d'étranglement de l'anode
Le principal obstacle à une charge plus rapide dans les batteries lithium-ion actuelles est l'anode en graphite. Lors d'une charge à haut régime, les ions lithium peuvent ne pas s'intercaler, ou s'insérer, dans les couches de graphite, et se déposer à la place sur la surface de l'anode sous forme de lithium métallique. Ce processus réduit de manière permanente la capacité de la batterie et peut provoquer des courts-circuits, créant un risque de sécurité important. Cette limitation est une source majeure des préoccupations de dégradation de la batterie chez les propriétaires de VE, comme on peut le voir sur les forums en ligne des propriétaires de Ford Mustang Mach-E qui suivent l'état de santé de leur batterie.
Le phosphore noir est depuis longtemps un candidat prometteur pour l'anode en raison de sa capacité théorique élevée, mais il souffre d'une faible stabilité pendant les cycles de charge. Les nouvelles recherches de l'Académie chinoise des sciences s'attaquent directement à ce problème en utilisant des liaisons phosphore-azote pour concevoir une structure plus stable. Cela permet aux ions lithium de se déplacer rapidement et efficacement sans provoquer la dégradation du matériau qui avait précédemment mis cette technologie sur la touche.
Vers la commercialisation
Bien que le temps de charge de 10 minutes soit une réussite de laboratoire significative, le chemin entre un prototype de cellule pouch et la production de masse est long. Des défis subsistent pour augmenter la production de phosphore noir, assurer sa stabilité et ses performances sur des milliers de cycles de charge dans un pack de VE complet, et atteindre une structure de coûts compétitive. Les fabricants de batteries actuels ont investi des centaines de milliards de dollars dans l'optimisation des chaînes d'approvisionnement d'anodes en graphite et en silicium.
Pourtant, cette réussite ouvre une nouvelle voie technique pour les dispositifs de stockage d'énergie. Pour les investisseurs, cette technologie représente un développement clé à surveiller. Bien qu'elle ne constitue pas une menace immédiate pour les acteurs établis, ses progrès pourraient modifier le paysage concurrentiel à long terme pour les producteurs de batteries et les fournisseurs de matières premières. Les entreprises qui parviendront à commercialiser une telle technologie pourraient s'emparer d'une part importante du marché des VE, qui continue d'être freiné par les inquiétudes des consommateurs concernant l'autonomie et les temps de charge.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.