Ce contrat de défense historique signale un pivot majeur de la politique de sécurité d'après-guerre du Japon, avec des implications importantes pour la dynamique régionale et le marché mondial de l'armement.
Le Japon a finalisé un accord historique de 10 milliards de dollars australiens (7 milliards de dollars) pour fournir à l'Australie 11 navires de guerre sophistiqués, son plus important contrat d'exportation de défense depuis la levée d'une interdiction sur les ventes militaires en 2014, une initiative visant à contrer l'influence de la Chine dans l'Indo-Pacifique. L'accord, signé à Melbourne par les ministres de la défense des deux nations, marque une étape décisive dans l'éloignement du Japon de son pacifisme d'après-guerre et cimente une alliance stratégique croissante entre Tokyo et Canberra. L'accord a immédiatement impacté les marchés, l'action du maître d'œuvre Mitsubishi Heavy Industries bondissant de près de 4 % à l'annonce de la nouvelle.
« Cet accord réaffirme l'engagement partagé envers la livraison réussie de ces navires de guerre », a déclaré le ministre australien de la Défense Richard Marles, marquant l'accord aux côtés de son homologue japonais, Shinjiro Koizumi. Le ministère japonais de la Défense a confirmé ce sentiment, déclarant que les deux nations allaient « renforcer davantage leurs liens de défense bilatéraux ».
Le contrat prévoit que Mitsubishi Heavy Industries construise initialement trois de ses frégates de classe Mogami modernisées au Japon pour une livraison à partir de 2029. La production sera ensuite transférée en Australie-Occidentale pour les huit navires suivants, une mesure destinée à renforcer l'industrie de construction navale nationale de l'Australie au chantier naval de Henderson, près de Perth. Ces frégates polyvalentes sont conçues pour une gamme de missions, notamment la lutte anti-sous-marine, le combat de surface et la défense aérienne, équipant la Royal Australian Navy pour protéger les routes commerciales maritimes critiques.
L'accord ancre la volonté du Japon de forger des liens de sécurité au-delà de son alliance traditionnelle avec les États-Unis, un virage stratégique visant à créer un contrepoids régional à l'expansion de l'empreinte militaire de la Chine. Pour l'Australie, il représente un élément clé d'une expansion navale majeure suite à une revue stratégique de 2024 qui appelait à une flotte de surface plus large et plus létale. L'accord a toutefois suscité des critiques de la part de Pékin, l'expert chinois en affaires militaires Song Zhongping ayant déclaré au Global Times que le Japon faisait preuve d'un « excès de confiance » et risquait de compromettre la stabilité régionale.
Une nouvelle ère pour les exportations de défense japonaises
La vente de frégates est le résultat le plus significatif de la décision du Japon en 2014 de mettre fin à son interdiction de plusieurs décennies sur les exportations militaires. Ce changement de politique permet le transfert d'équipements de défense lorsqu'il sert à promouvoir la paix et la coopération internationale, ou s'aligne sur les intérêts de sécurité du Japon. L'accord avec l'Australie, un « quasi-allié », est le premier test majeur de cette nouvelle doctrine, ouvrant une nouvelle source de revenus potentiellement importante pour l'industrie de la défense japonaise. Le coût total du programme pour les 11 frégates est projeté entre 15 et 20 milliards de dollars australiens au cours de la prochaine décennie.
Implications régionales et calculs stratégiques
L'Australie et le Japon ont tous deux inscrit l'accord dans le cadre de la garantie d'un « Indo-Pacifique libre et ouvert ». Le déploiement de ces frégates avancées est destiné à sécuriser les approches maritimes dans les océans Indien et Pacifique, où la présence navale de la Chine s'est considérablement accrue. Cette initiative s'inscrit dans un réseau plus large de partenariats de sécurité dans la région, notamment le pacte AUKUS entre l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Des experts chinois ont averti que de tels accords risquent d'intensifier une course aux armements régionale, considérant le rapprochement entre le Japon et l'Australie comme une « initiative imprudente et autodestructrice » visant à contenir la Chine.
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