Le parlement iranien fait progresser une législation visant à imposer des péages aux navires transitant par le détroit d'Ormuz, le point de passage pétrolier le plus vital au monde. Cette initiative a déjà incité certains pétroliers à dévier de leur route pour payer un passage sécurisé à proximité de l'île de Larak.
Bien qu'aucun porte-parole officiel du gouvernement n'ait commenté ce déroutement des navires, le projet de loi adopté par le Comité de sécurité nationale de l'Iran le 31 mars vise explicitement à « maintenir la domination de l'Iran et de ses forces armées sur le détroit d'Ormuz », selon des rapports de médias affiliés à l'État.
La législation propose un système de frais libellés en rials iraniens et interdirait le passage à tous les navires en provenance des États-Unis et d'Israël, ainsi qu'à toute nation participant aux sanctions contre l'Iran. Cette mesure ajoute une charge immédiate en termes de coûts et de conformité sur une voie navigable qui gère environ un cinquième de la consommation mondiale quotidienne de pétrole, menaçant de faire grimper encore plus les prix du Brent, qui ont déjà augmenté d'environ 15 % cette année.
L'institutionnalisation de ces frais constitue un défi direct aux normes maritimes mondiales et pourrait forcer une réévaluation significative des risques pour les chaînes d'approvisionnement énergétique. Forcer les transporteurs à choisir entre payer l'Iran, défier les sanctions ou emprunter des routes plus longues et plus coûteuses contournant l'Afrique injecte une nouvelle couche d'incertitude dans une économie mondiale déjà aux prises avec l'inflation.
Le projet de loi, qui nécessite encore d'autres approbations, est élaboré en coopération avec Oman afin de créer un cadre juridique conjoint, prêtant un certain soutien régional à ce plan controversé. Cependant, le cœur de la législation établit une confrontation directe avec une partie importante du trafic maritime mondial. L'interdiction des navires en provenance des nations sanctionnant l'Iran place les grandes compagnies maritimes européennes et asiatiques dans une position difficile, les forçant à choisir entre le respect des sanctions occidentales et l'accès à la route la plus efficace depuis le golfe Persique.
Même avant l'adoption du projet de loi, les acteurs du marché ont commencé à s'adapter à la nouvelle réalité sur le terrain. Selon les rapports de CNBC, un nombre croissant de pétroliers ont déjà commencé à dévier du canal de navigation principal vers une route proche de l'île iranienne de Larak. Ce déroutement de facto suggère que les transporteurs acceptent un système de paiement officieux pour garantir un passage sûr dans les eaux contrôlées par la marine du Corps des Gardiens de la révolution islamique. La nouvelle législation semble viser à formaliser cette pratique informelle existante en une source de revenus structurée et sanctionnée par l'État.
Ce nouveau péage présente un triple choc pour le marché de l'énergie : augmentation des coûts directs, risques de conformité et fragilité accrue de la chaîne d'approvisionnement. Le surcoût des frais de passage sera probablement répercuté le long de la chaîne de valeur, contribuant aux pressions inflationnistes sur les prix de l'énergie pour les consommateurs. Pour les sociétés de transport cotées en bourse comme Frontline et Euronav, le dilemme de conformité est aigu, car le paiement de frais à l'Iran pourrait déclencher des sanctions secondaires ou une réaction négative des actionnaires. En fin de compte, l'ambiguïté entourant les nouvelles règles et le potentiel de perturbation créent une nouvelle prime de risque pour le pétrole brut, soutenant un plancher plus élevé pour les prix tant que la politique reste en place.
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