L'escalade du conflit en Iran a déclenché une hausse massive de 10,9 % de l'indice mondial de l'énergie en mars, poussant l'indice des prix à la consommation américain à la hausse de 0,9 % et alimentant les craintes d'une nouvelle vague de stagflation qui menace de faire dérailler une reprise économique fragile.
« Le choc survient à un point de transition critique, intensifiant les pressions inflationnistes et augmentant le coût de la vie pour les ménages », a déclaré le ministre nigérian des Finances, Wale Edun, dans un communiqué, soulignant l'impact sévère sur les marchés émergents.
La flambée a été tirée par un bond record de 21,2 % des prix de l'essence, le plus important depuis 1967, après que le conflit a fermé la voie maritime cruciale du détroit d'Ormuz. Cette perturbation a propulsé le baril de Brent au-dessus de 110 dollars, tandis que les contrats à terme sur le gaz naturel américain ont dépassé 8,50 dollars/MMBtu. En réponse, l'indice du dollar américain a grimpé de 1,2 %, les investisseurs cherchant des actifs refuges.
Alors que le FMI et la Banque mondiale s'apprêtent à abaisser leurs prévisions de croissance mondiale, la crise énergétique impose désormais un choix difficile aux banques centrales : lutter contre une inflation galopante par des hausses de taux agressives susceptibles de déclencher une récession, ou soutenir la croissance au risque d'ancrer des prix plus élevés pour longtemps. La Banque centrale européenne a déjà signalé que ses futures décisions en matière de taux dépendraient des effets secondaires du choc pétrolier.
Les gouvernements réagissent face à l'aggravation de la crise
Les gouvernements s'efforcent de protéger leurs économies des retombées. Le gouvernement de coalition allemand a dévoilé un programme de 1,6 milliard d'euros pour réduire les taxes sur le carburant, le chancelier Friedrich Merz déclarant : « Cette guerre est la cause réelle des problèmes que nous rencontrons dans notre propre pays. » La Suède a suivi, annonçant 825 millions de dollars de réductions de taxes sur le carburant et de subventions à l'électricité. Le Royaume-Uni prépare également un soutien aux entreprises aux prises avec des prix de l'énergie non compétitifs depuis des années. Ces réponses budgétaires s'ajoutent toutefois à des dettes nationales déjà gonflées par les dépenses de l'ère pandémique.
Les marchés émergents confrontés à une pression aiguë
La pression est la plus vive dans les pays en développement. Le Nigeria, pays producteur de pétrole, a vu les prix locaux de l'essence bondir de plus de 50 % et ceux du diesel de plus de 70 % depuis le début du conflit le 28 février. Le pays cherche désormais un soutien international accru pour gérer la crise, qui menace d'annuler les récents efforts de stabilisation économique. La perturbation des approvisionnements énergétiques représente le troisième choc majeur pour l'économie mondiale ces dernières années, après la pandémie de Covid-19 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Une économie à deux vitesses émerge
Sous les chiffres globaux, une image plus complexe apparaît. Alors que les coûts de l'énergie et du transport s'envolent, l'inflation sous-jacente — qui exclut les produits alimentaires et l'énergie volatils — n'a augmenté que de 0,2 % aux États-Unis, selon le Bureau of Labor Statistics. Cette divergence met en évidence une économie à « deux vitesses » où des marchés du travail résilients et les dépenses des ménages à hauts revenus soutiennent toujours la croissance, même si le moral des consommateurs s'effondre. L'indice de confiance des consommateurs LSEG/Ipsos a chuté de 3,4 points à 50,0 en avril, son niveau le plus bas en un an.
Les banques centrales face au dilemme de leur politique
Le conflit iranien bouleverse la politique monétaire mondiale. La Banque du Japon, autrefois considérée comme susceptible de relever ses taux, fait désormais marche arrière alors que le choc énergétique assombrit les perspectives de croissance. La dernière fois que les prix du pétrole ont connu une telle flambée, c'était à la veille de la crise financière mondiale de 2008, un parallèle historique qui pèse lourdement sur les décideurs. La Banque centrale européenne a clairement indiqué que toute nouvelle hausse de taux dépendrait de la manière dont la flambée des prix de l'énergie se répercuterait sur l'économie en général, un processus qui reste très incertain.
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