Les investisseurs institutionnels se sont rués sur les valeurs matérielles liées à l'IA au cours du premier trimestre 2026, faisant du stockage et des équipements semi-conducteurs le trade le plus encombré du marché, tout en délaissant simultanément les leaders technologiques à méga-capitalisation comme Nvidia, selon un nouveau rapport de Morgan Stanley basé sur les déclarations 13F.
« Le secteur technologique actuel n'est pas universellement plébiscité mais présente un déséquilibre structurel extrême », note le rapport de Morgan Stanley. « Cette divergence structurelle a des implications directes et profondes pour le marché. »
Le rapport, qui analyse les avoirs des gestionnaires institutionnels actifs par rapport à leurs indices de référence S&P 500, a révélé que SanDisk était l'action la plus surpondérée à +2,16 %, soit une augmentation de 57 points de base par rapport au trimestre précédent. À l'inverse, Nvidia était la valeur technologique de grande capitalisation la plus sous-pondérée à -2,39 %, suivie de près par Apple à -2,32 % et Microsoft à -1,86 %. Les géants technologiques des « Sept Magnifiques » ont été collectivement sous-pondérés de 125 points de base en moyenne.
Ce positionnement crée une situation précaire où les actions de matériel IA les plus populaires ont une marge limitée pour de nouveaux flux entrants et sont très sensibles aux replis à la moindre nouvelle décevante. Pour les investisseurs, cette divergence souligne une opportunité potentielle de rééquilibrage, où un changement de sentiment pourrait déclencher un rallye significatif sur les titans technologiques sous-détenus et pourtant omniprésents dans les discussions.
Le stockage IA devient le trade le plus encombré
La concentration des capitaux institutionnels est nettement focalisée sur les « pics et les pelles » du déploiement de l'IA. Après SanDisk, d'autres actions fortement surpondérées incluent le fabricant de stockage Seagate (+0,84 %) et des entreprises d'équipement de semi-conducteurs telles que KLA, Lam Research et Applied Materials.
Selon Morgan Stanley, la logique qui sous-tend ce consensus est la quête de certitude. Dans un environnement macroéconomique volatil marqué par des taux d'intérêt fluctuants, les institutions ont privilégié la visibilité claire des revenus des entreprises fournissant le matériel essentiel aux centres de données d'IA. Cette logique de « vente de pelles » postule que quel que soit le logiciel ou la plateforme d'IA gagnante, tous les participants devront acheter du matériel, faisant des fournisseurs en amont un pari moins spéculatif. Le rapport note que cela a conduit à une tendance auto-renforcée du type « plus ça monte, plus on achète », concentrant davantage le trade.
Les géants de la tech face à un « encombrement inversé »
Par un contraste saisissant, les entreprises mêmes qui mènent la révolution de l'IA en termes d'innovation et de bénéfices sont laissées de côté dans les portefeuilles institutionnels. La sous-pondération de Nvidia (-2,39 %), Apple (-2,32 %), Microsoft (-1,86 %), Amazon (-1,24 %) et Google crée un scénario d'« encombrement inversé ».
Cette « dissonance cognitive », où les entreprises les plus discutées du marché sont les moins détenues, provient de plusieurs facteurs. La taille même de ces méga-capitalisations rend difficile pour les gestionnaires actifs d'être significativement surpondérés. De plus, les institutions semblent privilégier la sécurité perçue des commandes de matériel par rapport à la voie moins certaine de la monétisation des logiciels et services d'IA.
Le risque pour les noms du matériel encombrés est que leurs valorisations dépendent désormais d'une exécution sans faille et de bénéfices toujours croissants, une barre haute qui augmente le risque de baisse. Pour les géants sous-pondérés, cependant, la dynamique est inversée. Avec autant d'acheteurs institutionnels sur la touche, tout catalyseur forçant un rééquilibrage de portefeuille — comme un rapport de résultats exceptionnel ou un nouveau cycle de produits — pourrait fournir un élan haussier substantiel alors que les gestionnaires sont contraints de courir après la performance et de combler leurs positions sous-pondérées.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.