Une nouvelle mission navale sous direction européenne prend forme pour sécuriser le point de passage pétrolier le plus critique au monde, mais son succès pourrait dépendre de la mise à l'écart des États-Unis.
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Une nouvelle mission navale sous direction européenne prend forme pour sécuriser le point de passage pétrolier le plus critique au monde, mais son succès pourrait dépendre de la mise à l'écart des États-Unis.

La France et le Royaume-Uni dirigeront une conférence vendredi pour organiser une force multinationale visant à rouvrir le détroit d'Ormuz une fois que le conflit actuel au Moyen-Orient se sera apaisé, un plan qui diverge radicalement de la stratégie de blocus pur et dur de Washington contre l'Iran.
"La mission à laquelle nous nous référons ne pourrait être déployée qu'une fois le calme rétabli et les hostilités cessées", a déclaré mardi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
l'initiative a été annoncée au moment même où le Commandement central des États-Unis a commencé à appliquer un blocus strict le 13 avril, ciblant tous les navires entrant ou sortant des ports iraniens. Cette mesure, qui implique plus de 15 navires de la marine américaine, vise à couper les exportations de pétrole de l'Iran, qui s'élèvent à près de 2 millions de barils par jour. Le Royaume-Uni et la France ont explicitement déclaré qu'ils ne participeraient pas au blocus américain, exposant ainsi une fracture importante dans la politique occidentale.
La proposition franco-britannique met en lumière un fossé diplomatique croissant sur la gestion de cette voie navigable vitale, qui est presque au point mort depuis les frappes américano-israéliennes sur l'Iran en février. Alors que les États-Unis visent à exercer une pression économique maximale dès maintenant pour forcer un accord sur le nucléaire, les deux puissances européennes planifient une réalité post-conflit, pariant qu'une mission non dirigée par les États-Unis sera plus acceptable pour l'Iran et les autres acteurs régionaux.
La visioconférence prévue, co-organisée par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, invitera les nations "non belligérantes" à contribuer à une "mission purement défensive", selon l'Élysée. Les principaux objectifs de l'opération seraient de mener des opérations de déminage majeures pour nettoyer les mines marines posées par l'Iran et d'établir un système d'escorte militaire et de surveillance pour donner aux compagnies maritimes la confiance nécessaire pour reprendre le transit.
Cependant, les diplomates européens seraient divisés sur le rôle des États-Unis. Les responsables français estiment qu'exclure les États-Unis est essentiel pour obtenir l'acceptation de la mission par Téhéran. En revanche, les responsables britanniques craignent que l'omission de Washington ne provoque le président Trump et ne limite la capacité opérationnelle de la mission. L'Allemagne est également considérée comme un participant probable, bien qu'elle doive d'abord obtenir l'approbation du parlement pour tout déploiement militaire.
Le conflit et l'arrêt de la navigation qui en a résulté ont déjà provoqué des ondes de choc sur les marchés de l'énergie, poussant les prix mondiaux du pétrole et du gaz à la hausse. Selon un analyste, un blocus américain réussi étoufferait la principale source de revenus de l'Iran, estimée à plus de 400 millions de dollars par jour, et pourrait forcer la fermeture de ses champs pétroliers d'ici deux semaines en raison de la capacité limitée de stockage à terre.
La situation reste très volatile. Avant que le blocus américain ne prenne effet, au moins deux pétroliers à destination de la Chine auraient fait demi-tour pour éviter le détroit. Le succès de l'initiative européenne est essentiel pour stabiliser les prix de l'énergie, mais il reste un plan d'après-guerre. À court terme, le marché surveille l'efficacité du blocus américain et le potentiel d'une nouvelle escalade après l'échec des pourparlers de paix entre Washington et Téhéran ce week-end.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.