La France a rejeté une proposition controversée visant à rendre obligatoire la déclaration des portefeuilles crypto auto-hébergés, une décision saluée comme une victoire majeure pour la confidentialité des actifs numériques et les défenseurs de l'auto-garde.
Une commission parlementaire mixte française a formellement rejeté le 28 avril 2026 l'article 3 quater, une mesure controversée au sein d'un projet de loi plus large ciblant la fraude sociale et fiscale qui aurait imposé la déclaration annuelle des portefeuilles crypto auto-hébergés d'une valeur supérieure à 5 000 €.
« La lutte contre la fraude ne doit pas produire une cartographie de la richesse crypto », a déclaré un porte-parole du groupe professionnel Adan, reflétant le consensus des défenseurs des actifs numériques. Le groupe, ainsi que l'Institut National Bitcoin, a soutenu que la mesure aurait injustement poussé l'auto-garde dans une « zone de suspicion permanente ».
La règle proposée visait spécifiquement les portefeuilles où les utilisateurs contrôlent leurs propres clés privées, un principe fondamental de la philosophie Bitcoin, plutôt que les comptes détenus sur des bourses centralisées. Le seuil de déclaration relativement bas de 5 000 € signifiait qu'un nombre important de petits détenteurs de crypto auraient été tenus de déclarer chaque année la valeur de marché de leurs actifs aux autorités fiscales.
Cette décision écarte ce que les critiques appelaient une menace fondamentale au principe d'auto-garde et un risque sécuritaire majeur. Forcer les utilisateurs à déclarer des portefeuilles dont ils détiennent leurs propres clés aurait créé une étrange asymétrie, rendant cette pratique plus suspecte que de confier des fonds à une plateforme tierce — le modèle même que Bitcoin a été conçu pour contourner. Le risque principal, cependant, était la création d'une base de données gouvernementale qui pourrait servir d'annuaire pour les criminels.
Une base de données de cibles
L'opposition principale à l'article 3 quater s'est concentrée sur les implications sécuritaires de la création d'un registre centralisé des propriétaires de crypto. Cette préoccupation n'est pas théorique. Selon un rapport du Parquet national chargé de la lutte contre la criminalité organisée du 24 avril, les autorités françaises ont inculpé cette année 88 « wrench attackers » (agresseurs à la clé à molette) présumés dans le cadre d'extorsions violentes visant des détenteurs de crypto.
Il y a eu 47 attaques physiques de ce type en France pour la seule année 2026, selon les données compilées par Jameson Lopp, fondateur de Casa. La crainte des défenseurs de la vie privée était qu'une liste imposée par le gouvernement des détenteurs de portefeuilles et de leurs valeurs ne devienne une source de renseignement primaire pour ces réseaux criminels, mettant les individus et leurs familles en danger. La législation proposée, bien que visant la fraude fiscale, aurait par inadvertance créé une liste de cibles à haute valeur pour la criminalité violente.
La bataille se déplace à Bruxelles
Bien que le rejet de l'article 3 quater soit une victoire significative pour les partisans de la crypto en France, la bataille réglementaire est loin d'être terminée. L'attention se porte désormais sur le cadre plus large de l'Union européenne. Le règlement sur les marchés de crypto-actifs (MiCA) établit déjà des règles communes pour le secteur, et la nouvelle Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d'argent (AMLA) devrait se saisir de la question des portefeuilles auto-hébergés.
Cette décision française pourrait créer un précédent, influençant le débat au niveau de l'UE en soulignant les risques de sécurité et de confidentialité inhérents à la création de registres nationaux d'utilisateurs de crypto. Cependant, la tension sous-jacente entre la visibilité réglementaire et la vie privée des utilisateurs demeure. Comme on le voit dans d'autres contextes, comme le débat sur la juridiction des marchés de prédiction aux États-Unis, les gouvernements du monde entier sont toujours aux prises avec la manière d'appliquer les cadres juridiques existants aux structures novatrices de la finance numérique. La prochaine étape de ce débat sera cruciale pour déterminer l'avenir de l'auto-garde et de la confidentialité financière à travers le bloc.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.