Les autorités françaises font progresser une offensive sur deux fronts pour un contrôle plus étroit des crypto-monnaies, ciblant à la fois la dominance des stablecoins non-euro et les actifs détenus dans des portefeuilles privés. Ces mesures signalent un durcissement de l'environnement réglementaire dans l'un des principaux marchés financiers d'Europe avant la mise en œuvre complète du règlement sur les marchés d'actifs crypto (MiCA).
"MiCA ne répond que partiellement aux risques posés par les évolutions du secteur, en particulier en cas d'adoption généralisée de stablecoins émis par des acteurs non européens", a déclaré Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, dans un discours publié jeudi.
La Banque de France « pousse activement à un renforcement » de MiCA pour freiner l'utilisation des stablecoins pour les paiements, en particulier ceux indexés sur le dollar américain qui représentent 98 % du marché des stablecoins. Par ailleurs, l'Assemblée nationale française a adopté le 7 avril une disposition dans un projet de loi anti-fraude qui obligerait les contribuables à déclarer chaque année leurs portefeuilles crypto auto-hébergés à l'administration fiscale si leur valeur dépasse un seuil de 5 000 €.
Ces propositions pourraient modifier considérablement le paysage pour les utilisateurs et les fournisseurs de crypto en Europe. Des limites plus strictes sur les stablecoins libellés en dollars pourraient fragmenter la liquidité et perturber l'activité DeFi, tandis que la déclaration obligatoire pour les portefeuilles en auto-garde soulève des inquiétudes quant à la vie privée et augmente la charge de conformité pour les particuliers, créant potentiellement un précédent pour d'autres pays de l'UE.
Durcissement de ton sur les Stablecoins
Dans son discours, prononcé en mars lors du séminaire de haut niveau EUROFI, Beau a souligné que les mesures existantes pourraient être insuffisantes pour contrer la dominance des stablecoins indexés sur le dollar américain. Cela fait écho aux préoccupations d'autres responsables européens, dont le gouverneur de la Banque d'Italie, Fabio Panetta, qui en 2025 désignait l'euro numérique comme un outil plus efficace pour contrôler les risques crypto que MiCA seul. L'appel à l'action de la Banque de France suggère une volonté d'amender ou de compléter MiCA pour protéger spécifiquement la souveraineté monétaire de l'euro.
Nouvelle déclaration pour l'auto-garde
La disposition adoptée par l'Assemblée nationale vise les actifs détenus en dehors des bourses et dépositaires réglementés. Bien que le projet de loi n'ait pas encore achevé l'ensemble du processus législatif, son adoption marque une étape importante vers une plus grande transparence fiscale. Selon Gregory Raymond, fondateur du média local The Big Whale, la proposition s'est heurtée à l'opposition de certains législateurs et organismes gouvernementaux en raison de préoccupations concernant les défis d'application et les risques de sécurité des données pour les détenteurs de portefeuilles. Ces développements interviennent juste avant la Paris Blockchain Week, où le président Emmanuel Macron doit s'exprimer, soulignant l'importance croissante du secteur des actifs numériques en France.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.