La France a mobilisé 13 milliards d'euros (14,89 milliards de dollars) de financements institutionnels pour soutenir ses champions technologiques, alors que l'Europe accélère sa quête d'indépendance numérique.
La troisième phase de l'initiative Tibi, annoncée vendredi lors de la conférence VivaTech à Paris, vise à orienter les capitaux des investisseurs institutionnels vers les entreprises technologiques françaises et européennes, a indiqué le ministère des Finances. Le gouvernement vise un total d'engagements de 15 milliards d'euros d'ici la fin 2030.
« Cinquante pour cent des investissements réalisés dans le cadre de cette nouvelle phase seront dirigés vers les entreprises deeptech », a déclaré le ministère dans un communiqué, précisant que les nouveaux participants incluent l'assureur mutualiste Carac, l'exploitant ferroviaire SNCF, le groupe de transport parisien RATP, les groupes de défense Naval Group et MBDA, ainsi que l'opérateur satellite Eutelsat.
Cette initiative vise à soutenir les introductions en bourse françaises et à aider les petites et moyennes entreprises à se développer tout en restant ancrées en France et en Europe, a indiqué le gouvernement. Cette nouvelle phase accorde également une place plus importante à la dimension européenne, conçue pour soutenir les fonds paneuropéens capables de financer des entreprises technologiques via des tours de table plus importants.
Une poussée souveraine pour l'autonomie numérique
Cet engagement de 13 milliards d'euros intervient alors que les décideurs politiques européens intensifient leurs efforts pour réduire la dépendance vis-à-vis des infrastructures technologiques non européennes. La Commission européenne a publié le 3 juin un paquet sur la souveraineté technologique visant à renforcer l'indépendance numérique et la position du bloc dans l'IA, tandis que la Loi sur le développement du cloud et de l'IA a identifié la capacité limitée des centres de données comme un risque pour la transformation numérique de l'Europe.
L'initiative Tibi, nommée d'après l'ancien banquier d'investissement Philippe Tibi qui a conçu le cadre original, a mobilisé près de 31 milliards d'euros de financements totaux depuis son lancement en 2020. La première phase a levé 6 milliards d'euros, suivie d'une deuxième phase qui a rapporté 12 milliards d'euros, selon les données du ministère.
La poussée française reflète des efforts similaires de financement technologique soutenus par les États souverains à travers l'Europe. La Banque européenne d'investissement s'est engagée à hauteur de 10 milliards d'euros dans les entreprises deeptech et l'IA en 2025, tandis que le groupe bancaire allemand KfW a alloué 5 milliards d'euros à un fonds pour les technologies du futur. L'effet cumulé de ces programmes crée une nouvelle couche de financement entre le capital-risque traditionnel et les marchés boursiers publics pour les entreprises technologiques européennes.
Qui en bénéficie et qui est en concurrence
Le programme Tibi élargi profite aux startups françaises deeptech dans l'intelligence artificielle, le calcul quantique, la cybersécurité et la fabrication avancée qui ont eu du mal à accéder à l'échelle de capitaux disponible pour leurs homologues américains et chinois. Des entreprises telles que Mistral AI, le développeur parisien de modèles de fondation qui a obtenu 830 millions d'euros de financement par emprunt en mai, représentent le type de scale-up que l'initiative vise à soutenir.
Pour les investisseurs institutionnels, le programme offre une exposition aux actifs technologiques européens à forte croissance avec une atténuation des risques soutenue par l'État. L'inclusion de la SNCF, de la RATP et d'entrepreneurs de la défense comme participants signale que la base de financement s'élargit au-delà des institutions financières traditionnelles.
L'initiative crée également une pression concurrentielle sur les autres gouvernements européens pour qu'ils égalent le niveau d'engagement de la France. Le programme British Patient Capital du Royaume-Uni a déployé 3,5 milliards de livres sterling depuis 2021, tandis que le programme InvestEU de la Commission européenne a garanti 26 milliards d'euros d'investissements technologiques dans l'ensemble du bloc.
L'exigence de la troisième phase selon laquelle 50 % des investissements doivent cibler les entreprises deeptech s'aligne sur les objectifs politiques européens plus larges. Le European Deep Tech Report estimait que les startups deeptech en Europe avaient levé 18 milliards d'euros en 2025, représentant environ 22 % du total des financements en capital-risque dans la région.
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