Le creusement de l'écart de prospérité avec les États-Unis force l'Europe à un dialogue difficile, remettant en question la viabilité de son contrat social de longue date dans un monde exigeant de la croissance.
Le creusement de l'écart de prospérité avec les États-Unis force l'Europe à un dialogue difficile, remettant en question la viabilité de son contrat social de longue date dans un monde exigeant de la croissance.

Une divergence économique croissante entre les États-Unis et l'Europe alimente un débat intense sur l'avenir du continent, remettant en cause des décennies de consensus politique et révélant des inquiétudes profondes quant à sa capacité à rivaliser. La discussion, mise en lumière par une analyse du 22 mai du chroniqueur du Wall Street Journal Joseph C. Sternberg, se concentre sur la difficulté de l'Europe à égaler le dynamisme économique américain, un écart qui a des implications importantes pour le financement des systèmes de protection sociale et la satisfaction des nouvelles exigences géopolitiques.
"L'idée était qu'un État-providence bien construit pourrait offrir le même niveau de vie matériel que le capitalisme de cow-boy américain, voire mieux", a écrit Joseph C. Sternberg, membre du comité de rédaction du Journal. "Ce n'est pas vrai, ce qui embarrasse ces Européens... qui ont bâti leur carrière en soutenant le contraire."
Le débat oppose la production économique brute à la qualité de vie. Les partisans du modèle européen mettent souvent en avant des indicateurs tels que la parité de pouvoir d'achat, qui suggèrent un niveau de vie plus élevé que ne l'indiquent les chiffres du PIB nominal. Cependant, des rapports récents des Nations Unies suggèrent un abandon plus large de la fixation sur le PIB, proposant un tableau de bord de 31 indicateurs alternatifs — incluant la santé, l'éducation et la durabilité environnementale — pour mesurer le progrès, un cadre qui pourrait remodeler l'ensemble du débat.
L'enjeu est la capacité de l'Europe à naviguer dans une transition démographique difficile et à répondre à des besoins croissants en dépenses de défense dans un monde plus dangereux. Une sous-performance persistante par rapport aux États-Unis pourrait peser sur sa capacité à emprunter et à acheter des technologies sur les marchés mondiaux, entraînant potentiellement des sorties de capitaux qui pèseraient sur les actions et les devises européennes, et alimentant davantage l'instabilité politique.
L'intensité émotionnelle du débat, comme le note Sternberg, provient de l'effondrement apparent d'une promesse politique centrale : l'Europe pourrait avoir à la fois des filets de sécurité sociale robustes et des niveaux de prospérité matérielle américains. Pendant des décennies, cette prémisse n'a guère été remise en question. Aujourd'hui, les électeurs sont confrontés à un arbitrage qu'on ne leur a jamais explicitement demandé de faire, ce qui entraîne des troubles politiques alors qu'ils exigent des politiciens qu'ils honorent ce que Sternberg appelle la "vieille promesse absurde de vouloir le beurre et l'argent du beurre."
Cette frustration est aggravée par une composante esthétique, avec la perception d'une Amérique "grossière" qui, quelle que soit sa direction politique, prend systématiquement de l'avance économiquement. Sternberg soutient que la véritable histoire est celle de la résilience américaine ; son économie a absorbé des tarifs douaniers, une politique industrielle instable et des chocs énergétiques qui pourraient paralyser des nations européennes individuelles. Alors que les États-Unis sont aux prises avec des problèmes nés d'un "excès d'esprits animaux", le malaise de l'Europe, affirme-t-il, "provient de sa difficulté à en invoquer le moindre."
Bien que la comparaison États-Unis-Europe domine souvent les titres, certains analystes plaident pour une perspective mondiale plus nuancée. Erik Solheim, ancien sous-secrétaire général de l'ONU, écrit dans le China Daily, mettant en garde contre "l'idée à somme nulle" selon laquelle le gain d'une nation doit être la perte d'une autre. Bien que son analyse se concentre sur les relations États-Unis-Chine, le principe s'applique tout autant à la dynamique transatlantique. Dans une économie mondiale profondément interconnectée, le succès des États-Unis et de l'Europe ne sont pas mutuellement exclusifs.
Ce point de vue trouve un écho dans la promotion de nouveaux modèles économiques. Un rapport de l'ONU, détaillé par Olivier de Schutter, rapporteur spécial sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme, fournit une feuille de route pour sortir de la dépendance à la croissance afin de satisfaire les droits économiques et sociaux. Il prône des politiques fondées sur des preuves comme la sécurité sociale universelle et des services publics robustes, financés par une fiscalité équitable — un défi direct à l'idée que la seule voie vers la prospérité est une croissance incessante du PIB. Ces rapports suggèrent que la définition même du succès économique est en débat, dépassant un simple tableau d'affichage États-Unis contre Europe.
La question pour l'Europe est de savoir si cet examen de conscience interne, et la pression externe de son pair transatlantique, mèneront à une réforme significative ou à une acceptation résignée d'un avenir à croissance plus lente. Comme le conclut Sternberg, un continent véritablement satisfait serait indifférent à la critique. Le fait qu'il ne le soit pas suggère que de plus en plus d'Européens commencent à se demander à quel point ils sont réellement satisfaits.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.