L'Union européenne a réduit de 47 % ses quotas d'importation d'acier sans droits de douane, à 18,3 millions de tonnes métriques, et doublé les droits de douane hors quota à 50 %, une mesure entrée en vigueur mercredi, alors que les responsables cherchent à protéger l'industrie sidérurgique du bloc face à un excédent mondial de 620 millions de tonnes.
« Nous offrons aux acteurs du marché une prévisibilité grâce à des règles de répartition des quotas claires et transparentes, tout en appliquant une méthodologie juste et objective », a déclaré mardi Maroš Šefčovič, le principal négociateur commercial de l'UE.
La moitié du quota de 18,3 millions de tonnes — soit 9,15 millions de tonnes — est réservée exclusivement aux pays ayant signé des accords de libre-échange avec l'UE, ce qui signifie que ces partenaires privilégiés exporteront vers le bloc 33 % d'acier exempt de droits de douane de moins qu'auparavant. L'autre moitié est ouverte à tous les partenaires commerciaux, y compris les pays ayant un accord de libre-échange. De nombreux partenaires signataires d'ALE recevront des quotas spécifiques par pays, proportionnels à leurs volumes d'exportation historiques, a précisé la Commission européenne, ajoutant qu'un « nombre significatif » d'entre eux ont provisoirement accepté ces allocations.
Cette mesure vise un excédent d'acier que la Commission estime à 620 millions de tonnes métriques au niveau mondial, dont une grande partie provient de Chine. En portant le droit de douane hors quota de 25 % à 50 % et en exigeant des exportateurs qu'ils divulguent le lieu de fusion et de coulée, l'UE vise à porter le taux d'utilisation des capacités domestiques à 80 % et à rétablir ce qu'elle appelle « une concurrence loyale dans un marché affecté par des distorsions liées à la surcapacité ».
Les 26 catégories de produits couvertes par le nouveau système comprennent les bobines laminées à chaud, les barres d'armature, le fil machine et d'autres produits sidérurgiques semi-finis et finis qui représentent des dizaines de milliards d'euros d'échanges annuels. Le précédent régime de sauvegarde, en place depuis 2018, fixait le droit de douane hors quota à 25 % — un niveau que la Commission a jugé insuffisant pour dissuader les importations à bas prix en provenance de pays dotés d'aciéries subventionnées par l'État.
Qui gagne, qui perd
Les producteurs basés dans l'UE, dont ThyssenKrupp AG et ArcelorMittal SA, devraient bénéficier d'une concurrence réduite sur leur marché domestique. La Commission a indiqué que le resserrement des quotas devrait faire grimper les taux d'utilisation des capacités vers 80 %, un seuil qu'elle juge nécessaire à la viabilité à long terme du secteur. Les sidérurgistes européens peinent face à une demande atone des secteurs de la construction et de l'automobile, tandis que les importations bon marché d'Asie et de Turquie ont érodé leur pouvoir de fixation des prix.
Pour les exportateurs non membres de l'UE sans accords de libre-échange, le nouveau régime représente une détérioration brutale de l'accès au marché. Des pays comme l'Inde, le Brésil et l'Indonésie — aucun d'entre eux n'ayant d'ALE complet avec l'UE couvrant l'acier — sont confrontés au droit de douane intégral de 50 % sur toute expédition dépassant le pool de quotas général. L'Inde a déjà réagi, exhortant Bruxelles à exclure les exportations de ferraille des restrictions prévues, avertissant que celles-ci pourraient augmenter les coûts pour ses producteurs nationaux d'acier et d'aluminium, selon l'Economic Times.
La précédente escalade tarifaire de 25 % en 2018, imposée sous les droits de douane « Section 232 » pour raisons de sécurité nationale du président américain de l'époque, Donald Trump, avait provoqué une diversion des expéditions d'acier vers l'Europe, les aciéries asiatiques et turques cherchant des acheteurs alternatifs. Cette vague avait porté les volumes d'importation d'acier de l'UE à des niveaux records et incité le bloc à resserrer à plusieurs reprises son système de sauvegarde. La réduction actuelle de 47 % des quotas est l'ajustement unique le plus important depuis la mise en place du régime.
Perspectives d'avenir
La Commission a indiqué que les nouvelles règles resteront en vigueur pour une période initiale, avec une clause de révision liée aux conditions du marché. Les responsables européens ont signalé qu'ils s'attendent à ce que les mesures restent en place tant que la surcapacité mondiale persistera — un calendrier qui dépend fortement de la volonté de la Chine de réduire sa production. La production chinoise d'acier est restée supérieure à un milliard de tonnes métriques par an au cours des cinq dernières années, selon les données de la World Steel Association, même si la demande intérieure a ralenti.
Pour les industries avales européennes qui consomment de l'acier — constructeurs automobiles, entreprises de construction et fabricants d'électroménager — la hausse des coûts d'importation pourrait se répercuter sur les prix des intrants. La Commission a fait valoir que les quotas sont calibrés pour préserver un approvisionnement adéquat, mais le droit de douane de 50 % hors quota crée un plafond sur le volume disponible sans droits. Si la demande repart plus vite que les aciéries domestiques ne peuvent augmenter leur production, certains acheteurs pourraient faire face à des coûts plus élevés ou à des délais d'approvisionnement plus longs.
La décision de l'UE s'inscrit également dans un schéma plus large de fragmentation commerciale. Les États-Unis maintiennent un droit de douane de 25 % sur les importations d'acier au titre de la Section 232, tandis que l'Inde a imposé un droit de sauvegarde temporaire sur les importations d'acier en 2024. Les trois plus grandes régions consommatrices d'acier au monde resserrant toutes leur accès, les flux commerciaux sont de plus en plus redirigés plutôt que réduits — une dynamique qui maintient la pression sur les prix et les marges des exportateurs pris entre deux feux.
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