Les avoirs étrangers en dette américaine ont connu leur plus forte baisse de valorisation depuis 2024, alors que les tensions géopolitiques et l'évolution du paysage de la conservation remodèlent les flux de capitaux mondiaux.
Les avoirs étrangers en bons du Trésor américain sont tombés à leur plus bas niveau en quatre mois en mars, sous l'effet de pertes de valorisation plutôt que de ventes directes, mais la chute brutale de la position officielle de la Chine à son plus bas niveau en 16 ans indique un changement stratégique plus profond des investisseurs mondiaux. La baisse globale de 138,4 milliards de dollars s'explique presque entièrement par un ajustement de valorisation négatif de 142,1 milliards de dollars après que l'indice Bloomberg US Treasury a chuté de 1,7 %, son pire mois depuis 2024.
Cette volonté d'obscurcir les avoirs est une réponse directe à la décision du G7 de sanctionner les réserves de la Russie après l'invasion de l'Ukraine en 2022, selon l'analyse de Brad Setser, chercheur principal au Council on Foreign Relations (CFR) et ancien responsable du Trésor. Si les données officielles suggèrent une fuite devant le dollar, la réalité est probablement une fuite devant la transparence, Pékin cherchant à isoler ses actifs de potentielles sanctions futures.
Le rapport mensuel du département du Trésor américain a montré que si les investisseurs étrangers ont été vendeurs nets de 16,6 milliards de dollars de bons à court terme, ils ont acheté pour 13,5 milliards de dollars d'obligations à long terme. Le Japon, premier créancier étranger, a vu ses avoirs diminuer de 47,7 milliards de dollars pour s'établir à 1,19 billion de dollars. La Chine, troisième détenteur, a réduit sa position officielle de 41,0 milliards de dollars pour la porter à 652,3 milliards de dollars, son niveau le plus bas depuis 2008. En revanche, le Royaume-Uni, centre financier clé, a augmenté ses avoirs de 29,7 milliards de dollars pour atteindre 926,9 milliards de dollars.
Cette divergence souligne une tendance critique : les données officielles pour la Chine pourraient ne plus refléter son exposition réelle aux actifs américains. La baisse des avoirs de la Chine chez les dépositaires basés aux États-Unis, qui a débuté après les sanctions contre la Russie, a été compensée par une augmentation des avoirs en bons du Trésor dans les centres financiers européens et canadiens. Cela suggère que la Chine n'abandonne pas le dollar, mais diversifie ses accords de conservation pour rendre ses avoirs moins visibles et plus difficiles à geler.
### Les avoirs de l'ombre
La pratique consistant à utiliser des dépositaires non américains n'est pas nouvelle, mais elle s'est accélérée et a évolué. Pendant des années, les analystes ont effectué un « ajustement belge » pour tenir compte des bons du Trésor détenus pour la Chine chez le dépositaire Euroclear basé en Belgique. Cependant, selon les recherches de Setser, le modèle s'est maintenant élargi, avec des avoirs au Luxembourg, en France et même au Canada affichant des bonds suspects qui coïncident avec les baisses des données officielles de la Chine.
Ce changement complique toute lecture simpliste de la dédollarisation. Alors que les avoirs officiels de la Chine diminuent, son exposition totale aux actifs en dollars américains, détenus via un réseau de dépositaires internationaux, pourrait être beaucoup plus stable. La stratégie semble être celle d'une réduction des risques, et non d'un désinvestissement. Le FMI, dans ses récentes consultations au titre de l'article IV pour Trinité-et-Tobago, a noté que la guerre au Moyen-Orient a accru l'incertitude économique, un sentiment partagé par un rapport de l'ONU soulignant comment la fragmentation géopolitique sape le financement du développement et encourage de telles stratégies d'atténuation des risques.
Le risque d'un conflit élargi et son impact sur les coûts du carburant, des denrées alimentaires et du transport accentuent la pression sur les pays pour qu'ils protègent leurs actifs financiers afin d'éviter qu'ils ne soient pris entre deux feux par les sanctions. Pour la Chine, qui n'a pas divulgué la composition par devise de ses réserves depuis 2020, la constitution d'un portefeuille d'actifs américains moins transparent et plus résilient semble être une priorité absolue.
Cet article est destiné à des fins d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.