Une série de transactions suspectes d'une valeur de plus de 2,2 milliards de dollars, dont une vente à découvert de 760 millions de dollars quelques minutes avant l'annonce de l'Iran sur Hormuz, a déclenché une enquête formelle de la part de la CFTC américaine.
Le régulateur américain des matières premières enquête sur une série de transactions importantes et rentables sur les contrats à terme sur le pétrole qui ont eu lieu juste avant des annonces géopolitiques majeures liées au conflit iranien, soulevant des inquiétudes quant à l'utilisation d'informations d'initiés sur les marchés. Le dernier incident concerne une vente de 760 millions de dollars de contrats à terme sur le Brent le 17 avril, seulement 20 minutes avant que le ministre iranien des Affaires étrangères n'annonce la réouverture du détroit d'Hormuz, une décision qui a fait chuter les prix du pétrole de plus de 9 %.
« Le timing et l'ampleur de ces transactions, en particulier leur cohérence avant des nouvelles influençant le marché, exigent un examen rigoureux », a déclaré à Reuters une source proche de l'enquête de la CFTC, qui a confirmé que l'agence examinait la transaction du 17 avril ainsi qu'au moins deux autres événements similaires. « Si des informations confidentielles sur des décisions diplomatiques et militaires font l'objet de fuites, cela représente une violation importante de l'intégrité du marché. »
La transaction du 17 avril a vu un investisseur vendre 7 990 contrats à terme sur le Brent entre 12h24 et 12h25 GMT, selon les données du London Stock Exchange Group. À 12h45 GMT, le ministre iranien des Affaires étrangères a annoncé la réouverture de la voie navigable stratégique. Dans les minutes qui ont suivi, le Brent a plongé d'environ 96 $ le baril à moins de 89 $, sa plus forte baisse quotidienne en plus d'un mois. Cette vente massive a apporté un soulagement immédiat à un marché pétrolier qui avait vu les prix s'envoler au-delà de 115 $ le baril pendant le conflit.
L'enquête met en lumière le potentiel de fuites provenant de délibérations gouvernementales sensibles pour générer des profits illicites sur les marchés dérivés. Le défi de la CFTC sera de retracer l'origine des transactions et de prouver un lien direct avec des informations non publiques. Le résultat pourrait entraîner des sanctions importantes et des appels à des contrôles plus stricts sur les informations liées aux opérations géopolitiques et militaires, d'autant plus que les transactions en question ont précédé des annonces du gouvernement iranien et de l'administration Trump.
Un modèle de transactions suspectes
La transaction du 17 avril n'est pas un événement isolé. C'est la troisième d'une série de transactions pétrolières baissières à grande échelle qui ont précédé des nouvelles majeures de désescalade. Le 7 avril, des traders ont établi environ 950 millions de dollars de positions courtes quelques heures avant que les États-Unis et l'Iran n'annoncent un cessez-le-feu de deux semaines. De même, le 23 mars, des investisseurs ont vendu environ 500 millions de dollars de contrats à terme sur le brut seulement 15 minutes avant que le président Trump n'annonce un report des frappes prévues contre les infrastructures énergétiques iraniennes, une décision qui a provoqué une chute de 15 % des prix du pétrole.
Au total, plus de 2,2 milliards de dollars de positions courtes suspectes ont été identifiées, toutes placées quelques minutes ou heures avant des annonces qui ont fait chuter brutalement les prix du pétrole. Ce modèle cohérent est la raison centrale de l'intervention réglementaire.
Impact sur le marché et implications économiques
La réouverture du détroit d'Hormuz, qui gère habituellement environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole, a des conséquences économiques profondes. La chute immédiate du prix de plus de 96 $ à moins de 89 $ le baril a renforcé les attentes selon lesquelles la Réserve fédérale pourrait gagner la confiance nécessaire pour commencer à réduire les taux d'intérêt plus tard dans l'année. Avant la réouverture, les commentaires bellicistes de responsables comme le président de la Fed de New York, John Williams, indiquaient une inquiétude croissante quant au fait que le choc énergétique alimentait une inflation plus large.
Le soulagement des prix du pétrole, s'il est soutenu, se répercutera sur les consommateurs via une baisse des prix de l'essence, qui avaient grimpé de manière significative depuis le début du conflit fin février. Cependant, les économistes citent souvent l'effet « fusée et plume », où les prix de l'essence augmentent rapidement avec le brut mais chutent plus lentement, ce qui suggère que le soulagement à la pompe pourrait prendre plusieurs semaines avant de se matérialiser pleinement.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.