Le dollar canadien a prolongé sa glissade face au billet vert mardi, la paire USD/CAD se rapprochant de ses plus bas plurimensuels sous l'effet d'un double coup dur : la chute des prix du pétrole brut et l'incertitude croissante quant à la trajectoire politique de la Réserve fédérale.
« Le dollar canadien est pris en étau entre l'effondrement de sa plus grande exportation et un billet vert qui trouve un soutien dans le repositionnement des attentes sur la Fed », a déclaré Omar Tariq, stratège matières premières spécialisé dans les flux croisés entre l'énergie et les devises. « Tant que le WTI ne trouve pas de plancher, le dollar canadien aura du mal à se redresser. »
Le brut WTI a clôturé à 80,75 $ le baril lundi, en baisse de 4,8 %, après que les États-Unis et l'Iran ont conclu un protocole d'accord ce week-end, ouvrant la voie à un cessez-le-feu, à la réouverture progressive du détroit d'Ormuz et à un possible allègement des sanctions sur les exportations de pétrole iranien. Le Brent a chuté de près de 5 % pour s'établir autour de 83 $ le baril. Les deux indices de référence ont perdu près de 10 $ le baril en l'espace d'une semaine, effaçant les gains accumulés depuis fin février, lorsque les frappes américano-israéliennes sur l'Iran avaient poussé le Brent au-dessus de 115 $ à son apogée.
La chute du pétrole brut a un poids considérable pour le Canada, quatrième producteur mondial de pétrole. Le pétrole brut et les produits connexes représentent environ 20 % des recettes d'exportation du Canada, et chaque baisse durable de 10 $ du WTI élargit généralement le déficit commercial du Canada de 4 à 5 milliards de dollars canadiens en rythme annualisé, selon les estimations de BMO Marchés des capitaux. La corrélation entre le huard et les prix du pétrole s'est renforcée au cours du mois dernier, la perturbation d'Ormuz ayant d'abord poussé l'USD/CAD à la baisse avant de s'inverser brusquement.
Sur le front de la politique monétaire, la prochaine décision de la Réserve fédérale reste une source d'incertitude. Les marchés évaluent à environ 62 % la probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de sa réunion de juillet, le reste de la probabilité se répartissant entre une baisse et une hausse, selon les données CME FedWatch. Cette ambiguïté a soutenu l'indice du dollar américain, qui s'est maintenu près de 105,5 mardi, ajoutant aux vents contraires pour le dollar canadien.
La Banque du Canada, quant à elle, fait face à son propre dilemme. La baisse des prix du pétrole brut réduit les pressions inflationnistes au Canada en abaissant le coût de l'essence et des intrants de transport — une dynamique qui pourrait donner à la BdC une marge de manœuvre pour réduire ses taux plus tôt que prévu. Le taux directeur de la banque centrale s'élève actuellement à 3,75 % après une baisse de 25 points de base en avril, sa première réduction depuis le début du cycle d'assouplissement. Les marchés OIS intègrent désormais une probabilité de 70 % d'une nouvelle baisse de 25 points de base lors de la réunion du 15 juillet, contre 55 % avant l'effondrement des prix du pétrole.
La divergence des anticipations de taux entre une Fed qui maintient ses positions et une BdC qui pourrait poursuivre son assouplissement ajoute une pression supplémentaire sur le huard. L'écart de rendement à deux ans entre le Canada et les États-Unis s'est creusé à environ 85 points de base en faveur des États-Unis, près de son plus haut niveau depuis mars.
Pour les importateurs et les consommateurs canadiens, la faiblesse du dollar a un double effet. Un huard plus faible augmente le coût des biens importés, de l'électronique aux produits frais, ajoutant aux pressions inflationnistes intérieures, même si la baisse des prix de l'essence tire l'indice des prix à la consommation global vers le bas. Les mesures préférées de l'inflation sous-jacente de la Banque du Canada ont déjà montré des signes de rigidité, l'IPC moyen tronqué s'établissant à 2,9 % en avril, au-dessus de l'objectif de 2 %.
Les perspectives dépendent de la durabilité de l'accord américano-iranien. Les contrats à terme sur le Brent pour livraison jusqu'au début 2027 se sont établis autour de 80 $ le baril — un signe que les marchés s'attendent à une reprise lente et incomplète de l'offre. Les infrastructures de production pétrolière de l'Iran, même si les sanctions sont assouplies, pourraient nécessiter plusieurs mois pour retrouver leur capacité d'avant-guerre. Toute rupture des négociations ferait remonter le pétrole brut fortement, inversant potentiellement la récente faiblesse du dollar canadien.
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