BTG Pactual Timberland Investment Group (TIG) a levé 1,24 milliard de dollars pour un fonds de reforestation en Amérique latine, un pari majeur du secteur privé sur l'élimination du carbone basée sur la nature qui défie à la fois la contraction du marché mondial du carbone et un virage politique vers les combustibles fossiles dans certaines juridictions. Le fonds, désormais le plus important du genre, signale que les grandes entreprises poursuivent toujours des stratégies de décarbonation à long terme via des crédits carbone, alors même que la valeur des marchés du carbone établis est tombée à un plus bas de trois ans de 928,2 milliards de dollars en 2025, selon les données de LSEG.
« Ce sont des engagements à très long terme, et les changements de politique et de politique à un endroit ou à un autre, en particulier pour les entreprises ou les investisseurs qui ont une empreinte mondiale, ces plans à long terme doivent tenir compte d'une partie de cette volatilité des environnements politiques », a déclaré Mark Wishnie, directeur du développement durable chez BTG TIG.
Le fonds Latin America Reforestation Strategy a obtenu des engagements d'un groupe mondial d'investisseurs comprenant Microsoft, le mineur brésilien Vale et plusieurs banques de développement. Le fonds acquerra et restaurera environ 660 000 acres de terres dégradées, principalement dans le biome du Cerrado au Brésil et en Uruguay. Le projet, dont les plantations ont débuté en 2023, vise à générer des profits à la fois de la vente de crédits carbone et, à terme, de bois durable, la récolte n'étant pas attendue avant au moins 15 ans.
Cet investissement majeur dans la capture naturelle du carbone souligne une divergence croissante dans les stratégies climatiques. Alors que les investisseurs institutionnels et privés injectent des milliards dans des projets de décarbonation, certains gouvernements font marche arrière. Cette levée de fonds contraste fortement avec les actions récentes de l'administration américaine, qui a annulé des concessions éoliennes offshore en échange de nouveaux investissements dans les infrastructures de combustibles fossiles. Cette réalité à double voie suggère que le chemin vers le net-zéro sera complexe, avec des capitaux importants affluant simultanément dans les secteurs de l'énergie verte et traditionnelle.
La transition énergétique à double voie
Le succès du fonds BTG TIG souligne une demande persistante des entreprises pour des compensations carbone de haute qualité, que les sociétés utilisent pour compenser leurs propres émissions. Cette demande existe parallèlement à un environnement politique difficile pour les initiatives climatiques. Aux États-Unis, l'administration Trump a récemment conclu des accords pour mettre fin à deux projets éoliens offshore majeurs gérés par Ocean Winds, une coentreprise entre ENGIE et EDP Renewables. Les accords redirigeront près de 900 millions de dollars provenant des concessions éoliennes annulées vers de nouveaux investissements nationaux dans le gaz naturel liquéfié (GNL) et d'autres projets de combustibles fossiles. Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les combustibles fossiles, que l'administration juge plus fiables et plus abordables que les sources renouvelables.
Cette orientation politique crée un paysage complexe pour les investisseurs et les entreprises naviguant dans la transition énergétique. Alors que le fonds BTG démontre une confiance dans les solutions basées sur la nature, l'annulation de projets renouvelables à grande échelle montre que le risque politique reste un facteur important. Le marché mondial du carbone lui-même s'est contracté, les perspectives 2026 de LSEG notant que même les marchés établis « luttent pour intensifier l'action climatique face aux préoccupations énergétiques et géopolitiques ».
Nature vs technologie dans l'élimination du carbone
Le débat sur la meilleure façon d'éliminer le carbone de l'atmosphère oppose souvent les solutions basées sur la nature, comme les efforts de reforestation soutenus par le fonds de BTG, aux technologies d'ingénierie comme le captage direct dans l'air. Cependant, les experts soutiennent que cette formulation est un faux choix et qu'un spectre complet d'approches est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques. Selon une analyse parue dans Nature, différentes méthodes résolvent différents problèmes sur différents horizons temporels.
Les méthodes à déploiement rapide comme la reforestation peuvent apporter des avantages climatiques immédiats en éliminant le carbone à court terme, même si le stockage n'est pas permanent. C'est crucial pour réduire les émissions cumulées au cours des deux prochaines décennies. À moyen et long terme, des solutions technologiques durables seront nécessaires pour neutraliser les émissions résiduelles des industries difficiles à décarboner comme le ciment et l'aviation. Le fonds BTG TIG représente un investissement massif dans la première catégorie, visant à tirer parti de la croissance rapide des arbres en Amérique latine pour séquestrer rapidement le carbone. Les changements réglementaires à venir dans le cadre de l'Accord de Paris, ainsi que les nouvelles normes d'entreprise de l'ISO et de l'initiative Science Based Targets (SBTi), seront essentiels pour définir les règles des deux types d'élimination du carbone et déterminer leur valeur ultime sur le marché.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.