Un cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l'Iran force un reprécisage du risque à l'échelle du marché, les capitaux quittant les valeurs refuges traditionnelles comme l'or pour se diriger vers des actifs axés sur la croissance, dont un Bitcoin en pleine résurgence.
Le Bitcoin s'est stabilisé au-dessus du niveau clé des 75 000 $ après l'annonce du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, signalant un changement potentiel de régime de marché par rapport au sentiment initial d'aversion au risque (risk-off) qui dominait au début du conflit. Bien que l'or se soit également redressé après ses plus bas d'après-guerre, son élan a calé alors que le Bitcoin montre une force renouvelée, suggérant que les deux actifs répondent à des moteurs différents dans ce nouvel environnement macroéconomique.
Le marché est passé d'une réaction dictée par les récits à une structure dictée par l'allocation des capitaux, selon le cadre « Macro GPS » développé par Innocent Tautona, analyste de marché. Dans une analyse du 22 avril, Tautona a décrit l'environnement actuel comme un régime confirmé de « Risk On 1 », où le choc initial du cessez-le-feu du 7 avril a laissé place à une réallocation structurelle des capitaux alors que les acteurs institutionnels débouclent leurs couvertures défensives.
Cette réallocation est visible dans toutes les classes d'actifs. Le pétrole brut West Texas Intermediate, qui avait grimpé à 120 $ le baril au début de la guerre, est retombé sous les 94 $. Le S&P 500 a prolongé son rallye pour atteindre des sommets historiques au-dessus de 7 050 points. En revanche, l'or, après avoir gagné 7,4 % au premier trimestre, a vu son rallye s'essouffler. Le Bitcoin, quant à lui, a rebondi de sa zone de support à long terme entre 50 000 $ et 60 000 $ pour s'échanger au-dessus de 75 000 $.
Cette divergence suggère que le marché ne trade plus uniquement sur la peur. Au lieu de cela, il réévalue les actifs sur la base d'un risque extrême (tail risk) réduit et de perspectives de croissance changeantes. Pour le Bitcoin, cela signifie un regain d'intérêt pour son rôle de système alternatif hors de l'ordre financier traditionnel, une caractéristique qui aurait été prisée par l'Iran pendant la crise pour contourner les sanctions.
Le statut de valeur refuge de l'or mis à l'épreuve
L'action des prix de l'or a été complexe. Il a d'abord chuté brutalement au début de la guerre le 28 février, car la flambée du dollar américain et les attentes de taux d'intérêt plus élevés ont créé des vents contraires. Bien qu'il se soit redressé après le cessez-le-feu, ses arguments haussiers reposent désormais sur des facteurs à plus long terme. Selon un rapport du Boyar Value Group, l'or a terminé le premier trimestre à 4 647 $, en baisse de 16,8 % par rapport à son sommet historique atteint le 28 janvier 2026. L'attrait du métal comme couverture contre les tensions géopolitiques et l'inflation potentielle demeure, mais il perd actuellement la bataille de la rotation des capitaux au profit d'actifs portés par un récit de croissance plus fort.
Le Bitcoin trouve un plancher au-dessus de 50 000 $
La résilience du Bitcoin pendant le conflit a renforcé son profil technique. L'actif a trouvé un solide support dans la zone des 50 000 $ à 60 000 $, une zone renforcée par sa moyenne mobile simple à 200 semaines et une ligne de tendance à long terme. L'analyse de FXEmpire souligne la formation d'une figure en double creux en mars 2025, qui a précédé la reprise au-dessus des 75 000 $.
Le rebond après des conditions de survente extrême, du jamais vu depuis 2022, suggère qu'un plancher est en place. Le défi immédiat pour le Bitcoin est de franchir la résistance au niveau des 80 000 $ à 85 000 $. Une cassure durable au-dessus des 100 000 $ confirmerait un nouveau cycle haussier, les schémas techniques suggérant un retour potentiel vers les sommets de 120 000 $ observés entre 2021 et 2024.
Un régime confirmé de 'Risk On 1'
Le comportement actuel du marché correspond à la deuxième phase du cadre « Risk On 1 » de Tautona : l'Expansion du Beta (Beta Expansion). Après la liquidation forcée initiale des couvertures, les capitaux commencent à rechercher des opportunités de croissance plus élevée. Les devises à bêta élevé comme les dollars australien et néo-zélandais ont affiché des comportements tendanciels durables, et les indices boursiers sont passés d'une sensibilité aux gros titres à une dynamique dictée par les prévisions de résultats.
Dans cette phase, le Bitcoin n'est pas traité comme une simple valeur refuge mais comme un actif à bêta élevé bénéficiant d'un débouclage mondial des primes de risque. L'atténuation de la peur permet aux traders de reconsidérer sa position dans un monde de sanctions, d'inflation et de méfiance envers les systèmes fiduciaires. La conclusion clé de ce cadre est que le marché ne réagit plus aux gros titres sur le cessez-le-feu ; il réalloue structurellement les capitaux sur la base de la réalité acceptée d'un risque géopolitique réduit.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.