Une guerre d'enchères entre géants du capital-investissement pour une participation dans le plus grand projet de gaz naturel liquéfié au Canada souligne la confiance croissante dans les exportations énergétiques nord-américaines, alors que les majors mondiales renouvellent leur intérêt pour la région.
Les titans du capital-investissement Apollo Global Management, Blackstone et KKR se disputent une participation de plusieurs milliards de dollars dans le projet LNG Canada auprès de Shell, une initiative qui met en évidence la forte demande des investisseurs pour les actifs énergétiques canadiens dans un contexte de turbulences géopolitiques mondiales.
« Quand vous voulez de l'énergie et que vous regardez le monde et ce qui pourrait mal tourner, le Canada a beaucoup d'atouts pour lui », a déclaré Jose Valera, associé du cabinet d'avocats Mayer Brown.
La compétition pour la participation dans LNG Canada fait suite à l'acquisition récente par Shell d'ARC Resources pour 16,4 milliards de dollars, le plus grand producteur de gaz naturel dans la région du schiste de Montney. Ce regain d'intérêt de la part d'acteurs étrangers marque un renversement d'une tendance de désinvestissement de dix ans dans le secteur énergétique canadien.
Une vente de la participation dans LNG Canada permettrait à Shell de monétiser un actif majeur, libérant potentiellement du capital pour les retours aux actionnaires ou le réinvestissement, tandis que l'enchérisseur gagnant obtiendrait une position significative dans une installation clé d'exportation d'énergie nord-américaine avec un accès direct aux marchés asiatiques. L'issue de cette guerre d'enchères pourrait établir une nouvelle référence de valorisation pour les infrastructures énergétiques canadiennes.
L'intérêt accru pour les actifs énergétiques canadiens est alimenté par une confluence de facteurs, notamment un climat politique plus favorable au développement pétrolier et gazier et l'achèvement de nouvelles infrastructures d'exportation. L'expansion de l'oléoduc de pétrole brut Trans Mountain et le démarrage de l'installation LNG Canada offrent de nouvelles routes vers les marchés internationaux, rendant les ressources canadiennes plus attractives.
Des majors mondiales comme TotalEnergies, ConocoPhillips, Equinor et BP réévalueraient les opportunités au Canada, un contraste frappant avec l'exode observé au cours de la dernière décennie. Durant cette période, les préoccupations liées aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et la capacité limitée des pipelines avaient conduit de nombreuses entreprises internationales à réduire leur exposition, en particulier aux sables bitumineux de l'Alberta.
Le schiste de Montney sous les projecteurs
Le projet LNG Canada, qui a commencé sa production en juin, est un débouché critique pour le gaz naturel de la formation de schiste de Montney en Colombie-Britannique et en Alberta. Une décision sur la deuxième phase du projet est attendue prochainement, ce qui pourrait stimuler davantage la demande pour le gaz de Montney.
La région est dominée par des producteurs canadiens, mais l'acquisition d'ARC Resources par Shell signale un changement stratégique. La transaction donne à Shell une position dominante dans le Montney, qui est relativement peu développé par rapport aux bassins de schiste américains comme le Permien. Le Montney produit environ 10 milliards de pieds cubes de gaz par jour, soit environ la moitié de la production totale du Canada.
ARC Resources ayant été acquise, d'autres producteurs axés sur le Montney sont désormais considérés comme des cibles potentielles de rachat. Tourmaline Oil, le plus grand producteur de gaz naturel du Canada, est fréquemment cité par les analystes comme un candidat logique pour une acquisition par une major cherchant à établir une présence significative dans la région.
Une nouvelle ère pour l'énergie canadienne
La guerre d'enchères pour la participation dans LNG Canada est le signe le plus récent et le plus visible que les capitaux internationaux affluent de nouveau vers le secteur énergétique canadien. Pour Shell, une vente réussie ferait progresser sa stratégie de cession d'actifs non stratégiques pour se concentrer sur ses activités les plus rentables. Pour les sociétés de capital-investissement concernées, cela représente une opportunité rare d'acquérir un actif pierre angulaire du marché mondial du GNL à un moment de hausse de la demande et d'incertitude géopolitique.
Le prix final de la participation sera surveillé de près comme un baromètre de la valeur des actifs énergétiques canadiens et pourrait déclencher une nouvelle vague de fusions et acquisitions dans le secteur.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.