Cinq des plus grandes économies de l'Union européenne appellent à une taxe sur les superprofits des sociétés énergétiques à l'échelle de l'UE, en réponse directe à la flambée des prix du carburant depuis le début de la guerre en Iran. Dans une lettre commune, les ministres des Finances de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal et de l'Autriche ont exhorté la Commission européenne à élaborer un « instrument de contribution » pour rediriger les bénéfices alimentés par le conflit.
« Cela enverrait également un message clair selon lequel ceux qui profitent des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger le fardeau du grand public », ont écrit les ministres dans une lettre adressée au commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, selon un rapport de Reuters.
Cet appel intervient alors que les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 70 % depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l'Iran le 28 février, créant un choc de prix rappelant la crise énergétique de 2022. La lettre pointe explicitement le précédent établi cette année-là, lorsque l'UE a introduit une série de politiques d'urgence, dont une taxe sur les bénéfices exceptionnels, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les réductions consécutives des livraisons de gaz.
Si elle était mise en œuvre, la taxe pèserait directement sur la rentabilité des producteurs et raffineurs d'énergie européens, augmentant le risque réglementaire dans tout le secteur et refroidissant potentiellement les investissements futurs. Cette initiative signale un consensus politique croissant en faveur d'une intervention sur les marchés, la Commission envisageant désormais activement de relancer son manuel de crise de 2022 avant ce qui pourrait être un hiver difficile.
Un déjà-vu des mesures de crise de 2022
La proposition des cinq nations n'est pas un appel isolé. La France a déjà demandé séparément à l'UE de veiller à ce que les raffineurs ne pratiquent pas de prix excessifs pour le carburant. La pression collective des grandes économies, dont l'Allemagne et l'Italie, rend difficile l'inaction de la Commission européenne.
La « contribution de solidarité » de 2022 obligeait les producteurs de combustibles fossiles à effectuer un paiement obligatoire basé sur les bénéfices supérieurs de plus de 20 % à la moyenne des quatre années précédentes. Bien que la nouvelle lettre ne précise aucun niveau de taxe, elle demande un « instrument de contribution similaire à l'échelle de l'UE fondé sur une base juridique solide », suggérant qu'une relance de ce cadre est l'option principale envisagée.
Une crise plus large menace l'Europe
La pression pour une taxe survient alors que l'Europe se prépare à une pénurie d'énergie plus vaste. Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jorgensen, a déclaré que les responsables étaient particulièrement préoccupés par l'approvisionnement à court terme de produits pétroliers raffinés comme le diesel et le carburéacteur. La forte dépendance du bloc aux importations le laisse exposé à toute perturbation au Moyen-Orient.
La guerre a déjà eu un impact financier significatif. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que les 10 premiers jours du conflit ont coûté aux contribuables européens 3 milliards d'euros supplémentaires en importations de combustibles fossiles. Les analystes du groupe de réflexion Bruegel estiment qu'un doublement durable des prix du gaz ajouterait environ 100 milliards d'euros à la facture annuelle d'importation de l'Europe. Cette nouvelle pression sur les prix menace de relancer l'inflation, de paralyser l'industrie manufacturière et d'augmenter les prix des denrées alimentaires sur tout le continent.
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