Un récent argument académique s'oppose au récit dominant selon lequel la mondialisation aurait ravagé les communautés américaines, citant des données économiques qui compliquent le discours politique entourant le libre-échange. Le débat se concentre sur une étude du soi-disant « choc chinois » du début des années 2000, qui a révélé que même les zones métropolitaines américaines les plus touchées par la flambée des importations chinoises ont connu une croissance positive des salaires réels dans les années qui ont suivi. Ce constat contraste avec le sentiment antiglobalisation qui influence la politique commerciale américaine et l'opinion des électeurs depuis plus d'une décennie.
« L'histoire de l'Amérique est celle de gens ordinaires qui se rétablissent avec le temps et deviennent plus riches », a déclaré le professeur Donald J. Boudreaux de l'Université George Mason dans une lettre au Wall Street Journal. « C'est une erreur de désigner le libre-échange plus ouvert des dernières décennies comme une source unique de changement économique justifiant un plus grand scepticisme à l'égard de la mondialisation. »
Cet argument arrive alors que l'économie américaine envoie des signaux contrastés. Tandis que Boudreaux souligne la résilience des salaires, la croissance globale de la productivité non agricole a ralenti à un taux annualisé de 0,8 % au premier trimestre, selon le Bureau of Labor Statistics, suggérant que les entreprises ont du mal à améliorer leur efficacité. Cette réalité économique alimente un débat plus large sur la question de savoir si les États-Unis devraient se replier sur eux-mêmes, un mouvement qui, selon certains analystes, pourrait précéder une poussée technologique domestique, tandis que d'autres avertissent qu'il pourrait déclencher une crise de surproduction.
L'enjeu est l'orientation de la politique économique américaine, des tarifs douaniers à l'immigration. La discussion force une réévaluation de la question de savoir si les avantages de l'intégration mondiale, tels que la baisse des prix à la consommation et l'élargissement du choix, ont été injustement écartés. L'issue de ce débat pourrait façonner les relations commerciales et les investissements nationaux pour la prochaine décennie, déterminant si les États-Unis continuent de diriger le système mondialisé ou se retirent pour se concentrer sur leur marché intérieur.
Le « choc chinois » réexaminé
Le cœur de ce contre-récit repose sur les travaux de l'économiste Jeremy Horpedahl, qui a étudié les 10 zones statistiques métropolitaines américaines ayant subi les impacts négatifs les plus importants de la concurrence des importations chinoises à partir de 2001. Selon le résumé des conclusions de Boudreaux, toutes ces zones « ont tout de même réussi à avoir une croissance des salaires réels significative et positive sur l'ensemble de la distribution » dans les années qui ont suivi.
Cette perspective remet en question l'idée de communautés « ravagées » de façon permanente, devenue un pilier de la rhétorique politique. Elle suggère que si les changements économiques liés au commerce provoquent des pertes d'emplois et nécessitent des ajustements douloureux, le dynamisme de l'économie américaine dans son ensemble a historiquement été suffisant pour favoriser la reprise et les gains salariaux sur le long terme.
Un repli vers l'intérieur ?
Le débat sur le passé de la mondialisation est crucial pour son avenir. Certains analystes, comme Peter Zeihan, soutiennent que les États-Unis sont déjà engagés dans un processus de retrait stratégique de l'intégration mondiale. Selon cette vue, avec des ressources domestiques suffisantes et une base de consommateurs solide issue des générations Millennials et Gen Z, les États-Unis peuvent soutenir leur économie alors que le reste du monde, coupé du soutien américain, pourrait décliner.
Cependant, ce point de vue n'est pas universellement partagé. Les critiques de la théorie isolationniste, comme l'analyste Yuriy Romanenko, soutiennent que l'économie américaine a toujours compté sur l'immigration pour alimenter la croissance et combler les déficits de main-d'œuvre. Ils avertissent que restreindre la migration et fermer le marché intérieur pourrait mener au même type de crise de surproduction à laquelle la Chine est aujourd'hui confrontée, faisant potentiellement écho aux turbulences économiques des années 1930. Cette inquiétude est amplifiée par des données montrant que, si les femmes représentent près de la moitié des migrants mondiaux, la main-d'œuvre migrante reste majoritairement masculine, occupant des rôles clés à forte intensité de main-d'œuvre.
La discussion révèle un désaccord fondamental sur les moteurs de l'économie américaine. Tandis qu'un camp voit un marché intérieur autosuffisant capable d'absorber la production et de rembourser la dette nationale, l'autre voit un système dépendant de manière critique du commerce mondial et de la migration pour une prospérité continue. Cette divergence se reflète dans les pressions économiques réelles, les données récentes de la Fed de New York montrant que les Américains à faibles revenus sont les plus durement touchés par les flambées de prix, signe des inégalités qui persistent au sein de l'économie nationale.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.