Le BIP-110 propose un Fork de 12 mois pour lutter contre les données Ordinals
Une proposition technique introduite en décembre 2025 a provoqué un conflit significatif au sein de la communauté Bitcoin. La Proposition d'Amélioration de Bitcoin (BIP)-110, rédigée par un développeur utilisant le pseudonyme Dathon Ohm, vise à limiter le volume de données arbitraires, telles que des images et du texte, écrites sur la blockchain via des protocoles comme Ordinals et Runes.
La méthode proposée consiste à implémenter un soft fork temporaire de 12 mois conçu pour filtrer ces transactions, que certains développeurs considèrent comme du « spam », au niveau du consensus. En désactivant certains opcodes (OP_SUCCESS) et en limitant la taille du bloc de contrôle de Taproot, le BIP cherche à nettoyer les données on-chain, mais a suscité de vives critiques quant à ses effets secondaires potentiels sur les futures mises à niveau de Bitcoin et les technologies de couche 2.
Back met en garde contre le risque de censure du seuil d'activation de 55 %
Le pionnier de Bitcoin et PDG de Blockstream, Adam Back, ainsi que d'autres vétérans de l'industrie comme Jameson Lopp, se sont fermement opposés au BIP-110. L'objection principale porte sur la menace qui pèse sur le principe fondamental de neutralité de Bitcoin. Back soutient que tenter de censurer des types de transactions spécifiques au niveau de la couche de consensus est fondamentalement plus dommageable pour le réseau que le « spam » qu'il vise à supprimer.
Les opposants soulignent deux dangers techniques critiques. Le premier est le risque de confiscation, car la proposition pourrait rendre certaines sorties de transactions non dépensées (UTXO) existantes inutilisables, gelant ainsi efficacement les fonds des utilisateurs. Le second, et peut-être le plus grave, est le risque de scission du réseau. La proposition suggère un seuil d'activation de 55 % pour les mineurs, un écart significatif par rapport au consensus traditionnel de 95 % requis pour les soft forks. Les critiques avertissent qu'activer un changement majeur sans un soutien écrasant pourrait facilement fracturer la blockchain Bitcoin en branches concurrentes.
Le débat devient un test pour la gouvernance de Bitcoin
La controverse autour du BIP-110 a évolué au-delà d'un désaccord technique pour devenir un moment décisif pour la gouvernance et la philosophie future de Bitcoin. Le résultat est considéré par beaucoup comme un « grand filtre » pour l'identité du réseau. Si la communauté rejette la proposition, cela réaffirmerait l'engagement de longue date de Bitcoin envers la résistance à la censure et l'innovation sans permission, acceptant l'encombrement de la chaîne comme un compromis nécessaire.
Inversement, si le BIP-110 est accepté, cela pourrait signaler un virage vers une gouvernance plus centralisée, où une simple majorité peut modifier les règles du protocole pour s'adapter à un agenda spécifique. Ce choc oppose le désir pratique de gérer les ressources on-chain au principe fondamental d'un registre immuable et neutre, forçant les développeurs, les mineurs et les investisseurs à peser les conséquences à long terme pour la proposition de valeur fondamentale de Bitcoin.